Il parait de toute vraisemblance d’attribuer l’origine
principale de nos oies domestiques à l’oie cendrée (Anser cinereus). Sa
facilité de domestication confirme cette présomption. Elle est encore fort rependue
aujourd’hui dans le nord de l’Europe, elle niche dans la Grande-Bretagne, en
Russie et en Norvège. Au début de l’hiver, elle quitte les régions les plus
froides pour chercher un climat plus tempéré ; c’est alors qu’on la voit
traverser la France en bandes nombreuses. On remarque qu’elles sont disposées
en forme de V formant 2 lignes qui figurent exactement les 2 cotés d’un
triangle. L’oie qui est à la pointe sert d’entraineur à toute la bande ; lorsqu’elle
est fatiguée, elle va se placer à la fin d’une des deux lignes ; la
suivante la remplace. Toutes, à tour de rôle, remplissent cette fonction fort
dure d’entraineur.
Arrivées à destination, les oies s’abattent, le jour, dans les marais et les prairies, où elles se nourrissent de plantes aquatiques, de graines, d’insectes, de vers, etc. Souvent elles descendent dans les champs ensemencés qu’elles dévastent, soit en déterrant les grains sous la neige, soit en dévorant les feuilles vertes. Le soir, après le coucher du soleil, elles se rendent sur les étangs et les rivières pour y passer la nuit. Il est à remarquer que leurs pérégrinations se font surtout par les nuits claires. Elles sont extrêmement défiantes, toujours sur leurs gardes ; leur vue perçante, leur ouïe très fine, leur sommeil léger, leur permettant de s’enfuir au moindre danger. D’ailleurs, de surcroît de précaution, tandis qu’elles mangent ou qu’elles dorment, ‘une d’elles est toujours sentinelle et donne l’alarme au moindre danger. Même domestiquées, les oies ont conservé ces habitudes de défiance, au moindre danger leur cri aux sons de trompette se fait entendre. En raison de leurs habitudes, les oies sauvages sont extrêmement difficiles à approcher à la chasse.

La livrée de l’Oie cendrée est un manteau brun cendré rayé de gris ; le croupion est cendré et le ventre gris clair. L’ensemble du plumage est strié de blanc roussâtre avec une frange de même nuance à l’extrémité de chacune plume. Le bec est jaune orange, la membrane qui entoure les yeux de la même nuance. Les ailes repliées n’atteignent pas le bout de la queue. La longueur est d’un mètre et parfois plus. L’aspect de l’oiseau, qui est assez haut sur pattes, est loin d’être lourd comme celui de nos oies domestiques, surtout l’Oie de Toulouse. Il est vrai que l’élevage et la sélection ont pu modifier sensiblement, depuis des milliers d’années, les caractères physiques de l’oiseau sauvage. Il est possible aussi que d’autres espèces aient coopéré à la formation de nos oies donnant, la plupart du temps, des reproducteurs féconds.
Extrait de « la Basse-Cour Productive » de
Louis Brechemin aux éditions maison rustique